Rencontre avec Michel Houellebecq en 2012

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L’auteur de La Carte et le Territoire se voyait consacré par le Consortium de Dijon en juin 2012 par une exposition inspirée de son livre : Le Monde comme volonté et comme papier peint.

La rencontre avait eu lieu à l’occasion du vernissage, en compagnie de Stéphanie Moisdon, la commissaire de cette expo. Il fut question évidemment d’art plastique, de théorie politique, de berlines allemandes et de littérature.

L’interview devait initialement durer 10 minutes, on en enregistra presque 60 minutes, temps au bout duquel M. Houellebecq nous quitta précipitamment.

Le son disponible ici est quasi brut. Cette version, non coupée, nous permet de conserver les échanges entre l’auteur et la commissaire de l’exposition.

Pour les fainéants, les sourds ou ceux qui sont extrêmement pressés, voici la retranscription du scoop littéraire livré par l’écrivain.

Il parait que vous avez une histoire avec Dijon, que vous avez travaillé à Dijon.
Oui, j’ai passé presque un an au Crédit Agricole, au service informatique. (évasif) J’ai bien aimé…

C’était quand ?
Comme j’étais sûr qu’on allait me demander, j’ai essayé d’y réfléchir. A vue de nez, c’était en 1985. J’ai conçu un programme de transactions bancaires. C’était des opérations courantes pour les clients. La crise des subprimes, ce n’est pas ma faute. (rires)

Il y avait quelque chose de spécial à Dijon ?
Non, je travaillais pour une société de services donc on m’envoyait chez des clients. Là, en l’occurrence, je travaillais pour le Crédit Agricole de Dijon.

Il y avait quoi à l’époque à Dijon ?
Le maire, c’était Poujade ? Il y avait un truc pas si fréquent que cela à l’époque, ça fait presque 20 ans, c’était un centre piétonnier et bien restauré, qui attirait beaucoup de touristes. Et ça c’était très mignon, très inhabituel. Je vous assure. Aujourd’hui, il y en a presque partout…

Et vous sortiez où ?
Euh, ben… C’était mon premier emploi et je ne pense pas être beaucoup sorti. J’ai un souvenir d’épuisement. J’étais étudiant avant et je me suis dit : « putain, mais on travaille beaucoup quand on travaille ! »

A l’époque, vous saviez que vous n’alliez pas être au Crédit Agricole toute votre vie et que vous seriez un écrivain ? Vous y pensiez déjà ?
Non, mais je crois que ça a joué un rôle dans ma détermination à ne pas rester dans le monde du travail. Je ne dis pas cela méchamment parce que j’ai eu des emplois bien pires après… Les chefs étaient plutôt sympathiques. Mais quand même, c’est dur de travailler, c’est beaucoup d’heures. Ça m’a fait un choc… Quand on est étudiant, on glande. J’ai passé des nuits sur le programme informatique… Je me suis dit : « il faut que je fasse autre chose. Je ne tiendrai pas. Je vais me suicider. Je me suis mis à boire énormément à Dijon. »

Du bon vin ?
Non, je buvais n’importe quoi et je passais des soirées devant la télé, abruti. Je ne suis pas beaucoup sorti mais j’ai bien aimé les gens.

Vous écriviez quand vous étiez à Dijon ?

Oui, j’ai commencé à écrire Extension du Domaine de la Lutte. Je n’étais pas du tout préparé, ni fait pour être cadre informatique. Après, j’ai continué à Rouen, qui était bien pire, une ville pas du tout sympathique.

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